Anonymiser un contrat avant de le confier à une IA : méthode et pièges
Remplacez tout ce qui identifie une partie — noms, représentants, SIREN, adresses, coordonnées, IBAN, références — par des codes qui gardent le rôle de chacun, comme {{CLIENT_NOM}}. Laissez en clair ce qui fait fonctionner le contrat : articles de loi, juridiction, durées, qualités. Puis relisez les en-têtes, les pieds de page et le contexte : c'est là que se cachent les fuites.
La démonstration suit un contrat de prestation de services fictif entre deux sociétés provençales inventées, traité par le moteur réel de Caviardeur. Vous pouvez voir le document avant et après sur la page Démonstration. La méthode vaut aussi si vous le faites à la main.
Que faut-il remplacer dans un contrat ?
Tout ce qui permet de reconnaître une partie, un signataire ou un tiers. Sur notre contrat de neuf articles, cela fait 25 données distinctes, de 12 types :
| Type | Exemple dans le contrat fictif | Remplacé par |
|---|---|---|
| Société | Atelier Vermeil SAS | {{CLIENT_NOM}} |
| Représentant | Madame Éléonore VASSEUR | {{CLIENT_REPRESENTANT}} |
| SIREN, SIRET, TVA | 842137655 · 91177204400028 · FR32911772044 | {{CLIENT_SIREN}}, {{PRESTATAIRE_SIRET}}, {{PRESTATAIRE_TVA}} |
| Adresse | 14 rue Sainte, 13001 Marseille | {{CLIENT_ADRESSE}} |
| Téléphone, courriel | 04 91 55 12 34 · e.vasseur@… | {{CLIENT_TELEPHONE}}, {{CLIENT_EMAIL}} |
| IBAN | FR06 3000 4012 … | {{PRESTATAIRE_IBAN}} |
| Référence du contrat | CTR-2026-0417 | {{REFERENCE}} |
| Dates | 16 septembre 2026, 1er octobre 2026… | {{DATE_1}}, {{DATE_2}}… |
| Montants | capital social, forfait, mensualités, pénalité | {{MONTANT_1}} à {{MONTANT_6}} |
Les dates et les montants ne désignent personne à eux seuls. Ils sont remplacés parce que, combinés au reste, ils permettent souvent de retrouver l'opération : un forfait de 18 500 € signé tel jour entre deux sociétés d'une même ville, c'est déjà une empreinte.
Pourquoi des codes par rôle plutôt que « Partie A » ?
Parce que l'IA doit comprendre le contrat pour vous répondre. Avec {{CLIENT_NOM}} et {{PRESTATAIRE_NOM}}, elle sait qui doit quoi à qui ; avec « Partie A » et « Partie B », elle le devine, et se trompe parfois. Le code par rôle a un second avantage : le même code revient partout où la même personne apparaît. Dans notre contrat, la société cliente apparaît 8 fois et sa représentante 5 fois, sous deux formes (« Madame Éléonore VASSEUR », « Mme Vasseur ») : une seule balise à chaque fois.
Et quand l'IA répond, sa réponse parle de {{CLIENT_NOM}} : la table de correspondance permet de remettre les vraies valeurs, de votre côté.
Que faut-il laisser en clair ?
Tout ce qui fait fonctionner le contrat sans identifier personne. Le masquer ne protège aucune donnée et rend le texte inutilisable, pour l'IA comme pour vous. Dans le contrat fictif, restent volontairement lisibles :
- les citations de textes : « l'article L. 441-10 du Code de commerce », « trois fois le taux d'intérêt légal » ;
- la juridiction : « Tribunal de commerce de Marseille » ;
- les durées et délais : douze mois, trente jours, cinq ans après le terme ;
- les qualités : Présidente, Gérant, « dûment habilitée » ;
- la forme sociale et la ville du greffe : « société par actions simplifiée », « RCS de Marseille » ;
- le code BIC, qui désigne la banque et non le titulaire du compte.
Nous expliquons dans un article dédié pourquoi un outil qui masque « L. 441-10 » ou le tribunal compétent fait plus de mal que de bien.
Où se cachent les fuites ?
- Les en-têtes et pieds de page. Notre contrat fictif porte en pied de page « Contrat confidentiel », suivi du nom et de l'adresse électronique du prestataire. Un rechercher-remplacer dans le corps du texte ne le voit pas.
- Les variantes d'un même nom. « Madame Éléonore VASSEUR », « Mme Vasseur », « E. Vasseur » dans une adresse électronique : il faut les rattacher à la même personne, sinon l'une d'elles passe.
- Le bloc de signature, souvent dans un tableau, et les paraphes.
- Les propriétés du fichier : auteur, société, dernier modificateur, parfois le titre du document.
- Les commentaires et les modifications suivies, qui portent le nom de leur auteur et parfois des passages supprimés du texte. Acceptez ou refusez les modifications et supprimez les commentaires avant tout envoi.
- Le contexte : une activité très particulière, un lieu reconnaissable, un litige médiatisé. Aucune balise ne le masque ; c'est à vous de juger si le document reste reconnaissable.
À la main ou avec un outil ?
À la main, c'est possible pour un contrat court et ponctuel : dressez la liste des données à remplacer, faites un rechercher-remplacer par valeur (en pensant aux variantes), traitez les en-têtes, les pieds de page et les propriétés du fichier, puis relisez tout. Gardez votre liste : c'est votre table de correspondance, à conserver à part du document.
Un outil devient utile dès que cela se répète, parce que le risque ne vient pas du premier contrat mais du vingtième, traité en fin de journée. Ce qu'il doit faire, au minimum : traiter en-têtes, pieds de page, notes et propriétés ; garder la mise en forme ; rattacher les variantes ; laisser en clair les renvois au droit ; et vous montrer ce qu'il a remplacé et ce qu'il a laissé, pour que vous puissiez vérifier au lieu de faire confiance.
Comment vérifier le résultat ?
Relisez le document anonymisé comme le lirait un tiers qui ne connaît pas le dossier, en vous demandant : « puis-je deviner de qui il s'agit ? » Cherchez ensuite les motifs qui trahissent une donnée oubliée : un @, une suite de 9 ou 14 chiffres, un « FR » suivi de chiffres, une majuscule isolée au milieu d'une phrase. Caviardeur fait ce contrôle automatiquement après remplacement et le signale dans son rapport ; sur le contrat fictif, il ne trouve plus rien. Il ne dispense pas de la relecture du contexte.